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elles disparaissent. Or c’est précisément ce qui arrive : et ainsi on peut admettre que la loi des connexions rentre, en définitive, dans celle des corrélations.

Enfin la production de la matière organisée semble soumise à une loi analogue à celle de la matière brute. Il semble qu’il existe une quantité déterminée de matière vivante, et que cette quantité reste invariable, à travers le tourbillon vital. Peut-être, en effet, l’assimilation et la désassimilation se font-elles équilibre dans un ensemble suffisamment considérable. La statistique, à mesure qu’elle opère sur de plus larges bases, trouve, pour les naissances et pour les morts, des moyennes de plus en plus constantes, et de plus en plus voisines de l’égalité. Pour l’individu même, la vieillesse et la jeunesse, dans les conditions normales, semblent se balancer : la décadence vient rétablir l’équilibre, que la croissance avait rompu.

Cette loi, prise absolument, semble encore radicalement distincte de celle des corrélations, parce qu’elle peut impliquer ou exclure des fonctions d’ailleurs inutiles ou nécessaires au point de vue de l’action d’ensemble. Mais, si l’on admet que la matière organisée n’existe qu’en vertu de l’acte organisateur lui-même, la loi qui en concerne la production rentre, elle aussi, dans la loi des corrélations.

En somme, de ces trois lois, la première est la mieux établie et la plus permanente ; et, s’il arrive que les deux autres paraissent la contrarier et exister pour elles-mêmes, on peut admettre que ces divergences tiennent, en dernière analyse, à un manque d’unité et d’homogénéité dans la fonction totale ; au mélange, dans des proportions plus ou moins inégales, de divers modes d’organisation.

La loi suprême du monde vivant semble donc être la permanence des fonctions totales, c’est-à-dire du degré de l’organisation, et, par suite, la permanence des types et de la