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de la cellule suivant une loi de nécessité ; que les structures et les fonctions les plus complexes trouvent, dans cet organisme élémentaire, leur raison suffisante.

Or l’ensemble de ces démonstrations paraît dépasser invinciblement la portée de l’expérience. Comment rattacher, par un lieu nécessaire, les conditions physiques des êtres vivants, notamment des êtres supérieurs, aux phénomènes du monde physique proprement dit ? Comment prouver que nulle part les phénomènes physiques ne sont détournés du cours qui leur est propre par une intervention supérieure ? Il est visible qu’il y a au point de vue de la complexité, une grande disproportion entre les corps inorganiques les plus élevés et les corps organisés, même les plus élémentaires. De plus, cette complication physique singulière coïncide avec la présence de qualités nouvelles, d’un ordre tout différent et d’une perfection certainement plus grande. N’est-il pas vraisemblable que la révolution qui s’est produite au sein de la matière inorganisée pour former ces combinaisons inattendues a été déterminée précisément par les essences supérieures ; que la vie a posé elle-même ses conditions physiques ? Selon cette doctrine, il y aurait effectivement relation de cause à effet entre les conditions physiques et la vie, mais c’est la vie qui serait la cause.

Il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’admettre que l’influence de la vie se fait sentir brusquement, et que le progrès se réalise par sauts. L’action du principe supérieur peut être plus ou moins insensible aux yeux de celui qui considère des moments de l’évolution très voisins l’un de l’autre. Il peut sembler alors que les forces physiques agissent seules. On conçoit aussi que, dans certains cas, le principe supérieur laisse, en quelque sorte, aux forces physiques le soin d’achever par elles-mêmes ce qu’il a une fois préparé, lorsque les forces physiques sont suffisantes pour cet objet. Dans ces