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Il est certain qu’un grand nombre de choses auxquelles on n’attribuait d’abord que des propriétés inférieures ou supérieures aux propriétés physiques proprement dites, par exemple les astres et la matière vivante, nous apparaissent maintenant comme possédant des propriétés physiques superposées aux premières, impliquées dans les secondes. Mais s’ensuit-il que tout ce qui est possède des propriétés physiques ? Par exemple, est-il certain que tout, en l’homme, soit corporel ? D’autre part, ne voyons-nous pas la science elle-même supposer, pour l’explication de certains phénomènes, une substance extrêmement simple, appelée éther, laquelle ne posséderait guère que des propriétés mécaniques, et serait comme dépourvue de propriétés physiques proprement dites ?

Cependant, s’il est impossible d’affirmer que tout ce qui est possède des propriétés physiques, le caractère fatal de l’apparition de ces propriétés, là où elles existent, ne ressort-il pas suffisamment de la loi même qui gouverne cette apparition ? Les propriétés physiques sont-elles autre chose que des mouvements transformés ; et cette transformation ne se produit-elle pas suivant des lois nécessaires ?

Ce raisonnement implique une confusion. La physique ne montre pas que la chaleur, dans toute la compréhension du terme, ne soit qu’un mouvement transformé, c’est-à-dire que le mouvement disparaisse pour faire place à un phénomène physique non mécanique. Elle montre simplement que sous la chaleur, sous la lumière, etc., phénomènes en apparence purement physiques, il y a des mouvements d’une nature spéciale, et que ces mouvements sont la condition des phénomènes physiques proprement dits. Dès lors le mouvement ne se transforme pas en chaleur, mais en mouvement d’un autre genre, en mouvement moléculaire ; et c’est uniquement par association d’idées que ce mouvement lui-même est appelé chaleur par les physiciens. La chaleur proprement dite