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rence simple, il est complexe et comprend en réalité autant d’agents distincts qu’il cause de sensations diverses. La chaleur, la lumière et l’électricité, par exemple, peuvent s’accompagner les unes les autres, d’une manière plus ou moins constante, sans pour cela se confondre en un seul et même agent. Peut-être aussi le fait en question, et avec lui le fait inverse, s’expliqueraient-ils en admettant que les organes des sens, dont la nature est appropriée aux impressions qu’ils doivent recevoir, conservent en eux-mêmes, à l’état latent, une certaine somme d’impressions physiques proprement dites, fournies par les objets extérieurs ; et que, sous l’influence de certaines excitations, ces impressions passent de l’état latent à l’état manifeste. C’est ce qui se produirait, par exemple, dans le cas des sensations imaginaires et dans les songes.

Ainsi les éléments physiques et chimiques, les corps, en tant qu’ils sont susceptibles d’hétérogénéité, ne se confondent pas avec la matière pure et simple. Ils n’en peuvent dériver par voie de développement analytique, mais impliquent l’addition d’un élément nouveau.

Cette addition est-elle l’effet d’une synthèse causale posée à priori par la raison ?

Il ne peut être ici question des concepts particuliers relatifs à la matière des phénomènes physiques, c’est-à-dire à la chaleur, à l’électricité, à la combinaison chimique, etc. Ces propriétés ne sont évidemment connues que par l’expérience. Mais on pourrait peut-être considérer comme donnée à priori la forme générale de ces propriétés, c’est-à-dire la transformation de la matière en substances hétérogènes. Du moment que l’être est soumis aux conditions de l’espace et du temps, comme l’est par définition la matière, il ne peut, semble-t-il, réaliser toutes ses puissances qu’en se diversifiant à l’infini. Un rayon de soleil qui a passé à travers un prisme ne con-