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plus dans la substance sonore ou lumineuse que dans la matière pure et simple ? La partie descriptive de la science physique est-elle sans objet ?

S’il suffit qu’une manière d’être soit donnée dans un état de conscience pour que, de cette manière d’être, rien n’appartienne aux choses, le mouvement lui-même ne leur appartient pas. Car il ne nous est donné que dans des sensations tactiles ou visuelles dont nous avons conscience. Si l’on fait abstraction du tact, le mouvement devient absolument inconcevable ; et ainsi rien n’est plus obscur que la doctrine qui fait du mouvement, selon l’idée immédiate que nous en avons, l’élément extérieur par excellence. Le mouvement que nous connaissons, c’est-à-dire le mouvement perçu, ne peut être, comme toute perception, que le signe de la chose donnée : il n’en est pas l’image. Que si, néanmoins, on l’attribue aux choses, on ne peut arguer de l’intervention de la conscience dans la connaissance des corps pour leur refuser les propriétés physiques proprement dites.

Mais, objectera-t-on, il ne faut pas multiplier les êtres sans nécessité. Il est prouvé que les diverses propriétés physiques ont toutes une seule et même cause extérieure et que cette cause est le mouvement. Un même agent, appliqué aux organes des différents sens, produit les différentes sensations ; et des agents en apparence différents, appliqués à l’organe d’un seul sens, produisent tous la même sensation. Les divers agents physiques ne sont donc que des variétés d’un seul. On sait d’ailleurs que le son, la chaleur et sans doute la lumière se ramènent au mouvement. Donc tous les agents physiques se ramènent au mouvement.

Cette démonstration n’est pas rigoureuse.

D’abord la loi de l’équivalent mécanique de la chaleur n’implique nullement la réduction de la chaleur proprement dite au mouvement, mais simplement l’existence d’un