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CHAPITRE V


des corps


Est-il possible de créer le monde sans employer autre chose que de la matière et du mouvement ? Ces concepts une fois admis comme données indispensables et irréductibles, tout le reste est-il désormais explicable ?

Au-dessus de la matière proprement dite se trouvent les essences physiques et chimiques, c’est-à-dire les corps, au sein desquels la figure et le mouvement nous apparaissent. Ont-ils leur raison suffisante dans l’existence du mouvement et de ses lois, ou renferment-ils encore quelque chose d’irréductible ? S’il arrive que la matière n’explique pas les corps, à plus forte raison ne saurait-elle expliquer la vie et la pensée.

Mais pourquoi la matière n’expliquerait-elle pas les corps ? Il ne s’agit pas ici de ce qu’il peut y avoir de relatif à l’homme dans l’idée qu’il se fait des objets physiques et chimiques. Il ne s’agit pas de l’élément subjectif des sensations. Mais simplement de leur cause extérieure. Or pourquoi la part des choses dans la sensation ne se réduirait-elle pas au mouvement ?

Certes, il est impossible de considérer nos états de conscience comme des propriétés de la matière extérieure, et ce ne peut être le fait d’être senti qui distingue objectivement les corps de la matière. Mais s’ensuit-il qu’il n’y ait rien de