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plusieurs forces : il n’y en a plus qu’une. Ces forces avaient certaines directions : la direction est changée. Quelque chose était, qui n’est plus ; quelque chose n’était pas, qui est. Il est vrai que les transformations particulières et compliquées se ramènent à des transformations générales et élémentaires et ainsi apparaissent comme nécessaires, sinon en elles-mêmes, du moins par rapport à ces principes supérieurs. Mais, si simples et si immédiates que soient les transformations du mouvement énoncées dans les principes généraux, elles impliquent toujours un anéantissement et une création. Or est-il intelligible qu’un mouvement soit la raison suffisante de son propre anéantissement et de l’apparition d’un mouvement nouveau ? Peut-on admettre un lien de nécessité entre ce qui n’est plus et ce qui est, entre ce qui est et ce qui n’est pas encore, entre l’être et le non-être ?

La loi de la conservation de la force suppose un changement qu’elle n’explique pas, qu’elle rendrait même inintelligible, si elle était considérée comme gouvernant sans partage les modes primordiaux de la matière. Elle n’est donc pas absolue. Elle n’a pas d’empire sur ce changement initial qui doit avoir lieu pour qu’elle puisse s’appliquer.

Mais, dira-t-on, les éléments variables ne sont que les qualités des choses, ils n’en sont pas la substance. Celle-ci consiste dans la figure et le mouvement, c’est-à-dire précisément dans cet élément quantitatif dont la loi mathématique affirme la conservation.

Cette doctrine a pour conséquence de réduire à de pures apparences le changement qualitatif, et avec lui tout ce que la nature nous offre de plus relevé, sans qu’on puisse concevoir un rapport possible entre l’élément immuable dont on fait la substance des choses et le changement qualitatif qui en devient le phénomène.

Ensuite, en quoi consiste au juste l’élément dont on affirme