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là où elle s’applique, n’est du moins pas universelle, et qu’une partie des êtres en est affranchie ? Peut-on distinguer différentes sources de mouvement, les unes purement matérielles, les autres vivantes où même pensantes, et restreindre aux premières l’application du principe des forces vives ?

Mais cette distinction paraît illégitime, si l’on songe qu’entre la pensée considérée comme dirigeante et le mouvement perçu, il y a une infinité d’intermédiaires, et que l’expérience distincte n’atteint jamais un commencement de série mécanique. En réalité, la doctrine dont il s’agit se conforme, dans un cas, aux conditions d’une explication scientifique ; et, dans l’autre, elle s’y soustrait. Quelle sera la mesure de la force dont disposeront ces agents supérieurs, hétérogènes à l’égard des agents mécaniques ? D’ailleurs, où voit-on qu’une quantité de force emmagasinée dans les nerfs produise plus de travail, y compris des deux côtés le travail passif, que la même quantité de force emmagasinée dans un appareil purement mécanique ?

En somme, il est impossible de concilier un degré quelconque de contingence dans la production du mouvement avec la loi de la conservation de la force, admise comme absolue. Une telle contingence ne se peut concevoir que si cette loi, en ce qui concerne le monde mécanique lui-même, n’est pas l’expression nécessaire de la nature des choses. Or une telle doctrine est-elle véritablement contraire à l’expérience ?

Il ne faut pas s’abuser sur la portée du signe =, employé pour exprimer la relation qui, en vertu de cette loi, lie entre elles des forces concourantes et leur résultante. D’abord l’homme ne peut jamais constater une égalité absolue. Ensuite, en dépit de cette égalité, la résultante est quelque chose de nouveau par rapport aux antécédents. Il y avait