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Enfin, dans la forme du syllogisme comme dans sa matière, le caractère absolu n’est qu’apparent. On ne peut prétendre établir des rapports exacts de contenance entre des touts et des parties qui, en eux-mêmes, ne sont pas exactement circonscrits. Lorsqu’on dit que Paul, faisant partie de l’espèce « homme », fait à fortiori partie du genre « mortel », lequel contient l’espèce « homme », cela veut dire simplement que, si Paul ressemble, par un grand nombre de côtés, à d’autres êtres déjà comparés entre eux et réunis sous la notion « homme », il est extrêmement probable, pratiquement certain, qu’il leur ressemblera aussi en ce qui concerne la mortalité. Or, pour qu’une telle déduction soit possible, il suffit d’admettre qu’il y a dans la nature des faisceaux de ressemblances tels que, certains groupes de ressemblance étant donnés, il est très probable que certains autres le seront également : c’est proprement la loi de l’analogie.

S’il en est ainsi, le principe d’identité, dans son usage scientifique, ne présente aucun caractère incompatible avec une origine à posteriori. L’expérience est en mesure de nous fournir des notions de genres de mieux en mieux définies, des ressemblances de plus en plus générales, des liaisons de ressemblances de plus en plus constantes.

Issu de l’expérience, le principe d’identité ne peut être considéré comme nécessaire en droit, comme imposé à la création ou à la connaissance des choses.

Mais n’est-il pas imposé à l’esprit par la forme même de la science, par l’idéal qu’elle poursuit et dont, en fait, elle se rapproche constamment ? N’est-il pas le principe de la logique, dont toutes les sciences acceptent la juridiction ? Et ainsi n’est-il pas pratiquement reconnu comme nécessaire ?

Il importe de remarquer que la logique, malgré son rôle indispensable dans la connaissance, n’est qu’une science abstraite. Elle ne détermine pas le degré d’intelligibilité que