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logiquement un détail à l’ensemble n’atteste pas le désordre des choses, mais notre ignorance.

On peut toutefois remarquer que le groupement des choses sous les notions reste toujours plus ou moins approximatif et artificiel. D’une part, la compréhension réelle des notions ne peut jamais être exactement définie. D’autre part, il se rencontre toujours des êtres qui ne rentrent pas exactement dans les cadres établis. Il n’y a pas jusqu’aux notions ou catégories les plus générales, les plus fondamentales, dont la table n’ait pu être définitivement dressée, comme si l’être était impatient d’une immobilité absolue, même dans ses couches les plus profondes. Certes les progrès de la science définiront d’une manière de plus en plus précise la compréhension et l’extension des genres. Mais qui oserait affirmer que cette définition puisse jamais être complète et définitive ? qu’il existe dans la nature un nombre déterminé de genres radicalement séparés les uns des autres par la présence ou l’absence de caractères précis ? et que tous les êtres sans exception se rangent exactement sous ces types généraux ? Il est impossible d’affirmer qu’à côté de l’être discipliné par la notion, il ne reste pas une certaine quantité d’être plus ou moins rebelle à son action ordonnatrice ; ou bien encore que l’être soit toujours intelligible au même degré, que la distribution des êtres en genres ne soit pas tantôt moins, tantôt plus profonde, précise et harmonieuse.

C’est donc d’une manière contingente que se superposent à l’être la notion et toutes les déterminations qu’elle comporte. Considérés, du dehors, au point de vue de l’être, les modes de la notion ne se produisent pas d’une manière fatale. Mais le développement de la notion elle-même, c’est-à-dire la décomposition du général en particulier, n’obéit-il pas à une loi nécessaire, et ainsi la contingence