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Dans son application à l’étude de la nature, la notion, loin d’être une entité distincte, n’est que l’ensemble des caractères communs à un certain nombre d’êtres. Elle n’est pas immuable, mais relativement identique dans un ensemble de choses données. Elle n’est pas parfaite, ce qui serait un caractère positif, mais relativement dépouillée d’éléments accidentels, ce qui est un caractère négatif. De même, le lien de la notion et de l’être n’est pas une participation mystérieuse, une traduction de pensées pures en images accessibles aux sens, une analogie symbolique entre le phénomène et le noumène. Ce n’est pas même une corrélation immuable entre des éléments d’ailleurs sensibles, une systématisation nécessaire de phénomènes. C’est simplement le rapport de la partie au tout, du contenu au contenant. De la sorte, la synthèse de l’être et de la notion, dans son acception scientifique, peut être connue par l’expérience et l’abstraction. Car l’expérience nous révèle les ressemblances des choses et leurs différences. L’abstraction élimine peu à peu les caractères variables et accidentels, pour ne retenir que les caractères constants et essentiels. L’idée d’une classe, c’est-à-dire d’un tout, étant ainsi formée, l’expérience nous apprend que tel ou tel être présente les caractères qui sont les signes distinctifs de cette classe. Nous rapprochons donc cet être de ses semblables ; nous le faisons rentrer dans le tout relatif que ceux-ci constituent.

Ainsi l’union de l’être et de la notion, l’existence des genres, n’est pas seulement une synthèse, c’est encore une synthèse à posteriori. Elle n’est donc pas nécessaire en droit. Mais il semble impossible de contester qu’elle le soit en fait. Car les progrès de la science ont de plus en plus montré que tout a sa raison comme sa cause ; que toute forme particulière rentre dans une forme générale ; que tout ce qui est fait partie d’un système. L’impossibilité de rattacher