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quant la forme de la perfection et de l’éternité. Dans ces conditions, la conception de types métaphysiques est sans usage dans l’étude des phénomènes. La synthèse de l’être et de la notion, ainsi entendue, peut être une connaissance à priori, mais ce n’est pas de cette synthèse qu’il est question.

Dira-t-on que l’élément connu à priori n’est sans doute, à aucun degré, le contenu de la notion, la somme des caractères qu’elle comprend, mais qu’il consiste dans le lien de nécessité établi entre ces caractères, et qu’ainsi le concept de la notion, s’il n’est pas présupposé par les choses elles-mêmes, l’est du moins par la connaissance des choses ?

Cette manière de concevoir la notion n’est pas encore exactement celle qui préside aux sciences positives. Elle est susceptible d’inspirer au savant la présomption ou le découragement. Persuadé que les choses se laissent enfermer dans des définitions, le savant érige en vérité définitive, en principes absolus, les formules auxquelles ont abouti ces recherches. C’est l’origine des systèmes, troncs superbes et rigides, d’où la sève se retire peu à peu, et qui sont voués à la mort. Et si, plus circonspect, le savant attend, pour ériger ses formules en principes, qu’elles soient adéquates à la réalité, il voit fuir devant lui l’objet de ses recherches à mesure qu’il s’en approche : la perfection même des méthodes et des instruments d’investigation ne fait que le convaincre de plus en plus du caractère purement approximatif des résultats qu’il obtient. C’est l’origine de ce scepticisme scientifique, qui ne veut plus voir dans la nature que des individus et des faits, parce qu’il est impossible d’y trouver des classes et des lois absolues. La science a pour objet l’étude des phénomènes ; elle se trahit elle-même, si elle commence par se faire des phénomènes une idée qui les transforme en choses en soi.