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communément que de grands effets peuvent résulter de petites causes, et réciproquement. La loi de l’équivalence ne peut donc être considérée comme absolue que s’il s’agit de quantités pures ou de relations entre des quantités d’une seule et même qualité.

Mais où trouver un conséquent qui, au point de vue de la qualité, soit exactement identique à son antécédent ? Serait-ce encore un conséquent, un effet, un changement, s’il ne différait de l’antécédent, ni par la quantité, ni par la qualité ?

Le progrès de l’observation révèle de plus en plus la richesse de propriétés, la variété, l’individualité, la vie, là où les apparences ne montraient que des masses uniformes et indistinctes. Dès lors n’est-il pas vraisemblable que la répétition pure et simple d’une même qualité, cette chose dépourvue de beauté et d’intérêt, n’existe nulle part dans la nature, et que la quantité homogène n’est que la surface idéale des êtres ? C’est ainsi que les astres, vus de loin, n’apparaissent que comme des figures géométriques, tandis qu’en réalité ils sont des mondes composés de mille substances diverses. Quant au changement de quantité intensive, c’est-à-dire à l’augmentation et à la diminution d’une même qualité, il se ramène également, en définitive, à un changement qualitatif, puisque, poussé jusqu’à un certain point, il aboutit à la transformation d’une qualité en son contraire, et que la propriété qui se manifeste pour un changement intensif considérable doit nécessairement préexister dans les changements de détail dont il est la somme.

Reste, il est vrai, l’hypothèse d’une quantité pure de toute qualité ; mais quelle idée peut-on se faire d’un pareil objet ? Une quantité ne peut être qu’une grandeur ou un degré de quelque chose, et ce quelque chose est précisément la qualité, la manière d’être physique ou morale. Tandis que la qualité