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lors même qu’une fin est posée comme devant être réalisée, les moyens à employer dans cette vue ne sont pas déterminés du même coup. Toute fin peut être également réalisée par différents moyens, de même que tout but peut être également atteint par différentes routes. Il est vrai que les moyens ne seront pas tous également simples ou bons en eux-mêmes. Mais à ces différences la fin, comme telle, n’est pas intéressée ; et, si l’on en tient compte, c’est que l’on érige le moyen lui-même en fin secondaire. La réalisation de la fin par les moyens suppose un agent capable de connaître, de préférer et d’accomplir. Elle n’est donc pas nécessaire en soi.

Il n’en est pas de même de la production d’un effet par sa cause, si le mot cause est pris dans le sens strict de force productrice. La cause proprement dite n’est telle que si elle engendre un effet. De plus, elle agit uniquement en vertu de sa nature, et n’a aucun égard à la valeur esthétique ou morale du résultat. Il n’y a donc aucune raison pour admettre un degré quelconque de contingence dans le rapport pur et simple de la cause à l’effet. Ce rapport est le type parfait, mais unique, de la nécessité primordiale.

Ainsi c’est seulement aux synthèses causales à priori qu’appartient la nécessité tant objective que subjective : elles seules peuvent engendrer des conséquences analytiques entièrement nécessaires.

En résumé, le critérium de la nécessité d’un rapport est la possibilité de le ramener analytiquement à une synthèse subjectivement et objectivement nécessaire. Le principe de la liaison nécessaire des choses, la pierre magnétique dont la vertu se transmet à tous les anneaux, ne peut être que la synthèse causale à priori.

Si maintenant il arrivait qu’il fût impossible d’établir la légitimité de pareilles synthèses comme principes constitu-