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que, dans une science achevée, le signe = aurait partout remplacé la copule est. La formule de cette science serait  ; , etc. En remplaçant B, C, D, etc., par leur valeur, on aurait, en définitive : Or, est-ce là une formule purement analytique ?

Sans doute, le rapport entre et ses parties est analytique, mais le rapport réciproque entre les parties et le tout est synthétique. Car la multiplicité ne contient pas la raison de l’unité. Et il ne sert de rien d’alléguer qu’en remplaçant par leur valeur on obtient , parce que la science consiste précisément à considérer comme un tout décomposable, et à le diviser en ses parties.

Mais, dira-t-on, on peut concevoir autrement la forme analytique idéale vers laquelle tend la science. L’interposition d’un moyen terme M entre deux termes donnés S et P a pour effet de partager en deux l’intervalle qui résulte de leur différence d’extension. On interposera de même des moyens termes entre S et M, entre M et P, et ainsi de suite jusqu’à ce que les vides soient entièrement comblés. Le passage de S à P sera alors insensible. En poursuivant ce travail, on ira rejoindre l’essence suprême A, et tout y sera rattaché par un lien de continuité.

Ce point de vue comporte en effet la réduction de toutes les propositions à la formule A est A. Mais, cette fois, la copule est ne peut être remplacée par le signe =. Car l’interposition d’un nombre quelconque de moyens termes ne peut combler entièrement l’intervalle qui existe entre le particulier et le général. Les transitions, pour devenir moins brusques, n’en restent pas moins discontinues ; et ainsi il y a toujours une différence d’extension entre le sujet et le prédicat.