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de l’adaptation pures et simples, c’est un point qui n’a plus qu’une importance secondaire, du moment où le moi lui-même n’est plus en cause, et où il ne s’agit que de propriétés radicalement inférieures aux phénomènes psychologiques proprement dits.

Il reste donc établi que la conscience personnelle n’est pas inhérente à tous les êtres vivants, mais n’existe que là où nous voyons une organisation physiologique spéciale. Si cette organisation s’est produite suivant les lois physiologiques livrées à elles-mêmes, sans intervention d’un principe supérieur, il ne s’ensuit sans doute pas que la conscience en soit un effet, puisqu’elle contient quelque chose de plus que la vie ; mais, dans ce cas, l’apparition de la conscience est nécessaire dans la mesure où elle est liée aux phénomènes physiologiques qui l’accompagnent. Si, au contraire, on peut admettre que les propriétés vitales qui sont les conditions de la conscience ne sont pas explicables entièrement par les lois générales de la vie : il est vraisemblable que la conscience elle-même intervient dans la réalisation de ces propriétés ; et qu’elle se réalise, en ce sens, d’une manière contingente, bien qu’elle soit liée, dans le monde actuel, à des conditions physiques déterminées.

La création de l’homme, être conscient, ne s’explique donc pas par le seul jeu des lois physiques et physiologiques. Son existence et ses actes imposent à la nature des modifications dont elle-même ne peut rendre compte, et qui apparaissent comme contingentes, si l’on se place au point de vue du monde physique et du monde physiologique.

Qu’importe à l’homme, cependant, de disposer plus ou moins des choses, s’il retrouve la fatalité au-dedans de lui ; si ses sentiments, ses idées, ses résolutions, sa vie intime, en un, mot, sont gouvernés par une loi spéciale, qui les déter-