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vées ne sont-elles pas, au fond, des propriétés physiologiques devenues de plus en plus spéciales, en vertu de la loi générale de la différenciation ? N’est-ce pas à la physiologie qu’il faut demander l’explication des phénomènes psychologiques ? N’est-il pas inutile, illégitime et dangereux de prétendre constituer la psychologie comme une science distincte, n’ayant avec la physiologie d’autres rapports que ceux qui peuvent exister, par exemple, entre la physiologie et la physique ?

Il paraît sans doute établi que tout phénomène psychologique, dans la vie présente, a sa condition d’existence dans des phénomènes physiologiques déterminés ; et ainsi il est légitime de rechercher les conditions physiologiques de la vie psychique, aussi bien que les conditions psychiques de la vie organique, ou les conditions mécaniques des transformations physiques. Mais cette recherche, si avancée qu’on la suppose, peut-elle aboutir à l’absorption de la psychologie dans la physiologie ?

Dans tous les phénomènes psychologiques se retrouve, à des degrés divers, un élément que les théories de l’action réflexe ou même de la sensation transformée prennent pour accordé sans l’expliquer : la conscience de soi-même, la réflexion sur ses propres manières d’être, la personnalité. Tout phénomène psychologique est ou peut être un état de conscience.

Cet élément, la sensation le contient déjà ; et ainsi c’est supposer ce qui est en question que de construire les facultés de l’âme au moyen de la sensation.

Quant à l’action réflexe, est-elle capable d’engendrer la conscience, par voie de développement analytique ? Peut-on, décomposant la conscience en ses éléments, montrer qu’ils sont tous contenus dans l’action réflexe, et que la loi de leur combinaison y est également contenue ?