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qualités irréductibles ; qu’elles dérivent au contraire de facultés plus simples, et finalement se ramènent, suivant une loi naturelle qu’il n’est peut-être pas impossible de conjecturer, à des pouvoirs élémentaires inhérents à tout être vivant, tels que la faculté de répondre par une action réflexe automatique à l’action des choses extérieures ? La sensation est-elle autre chose que le choc des influences extérieures contre nos tendances propres, plus ou moins incomplètement ajustées à ces influences ? Ne s’évanouit-elle pas lorsque l’adaptation est complète, comme dans l’habitude, ou lorsque l’excitation est très faible, comme dans le sommeil ? La pensée est-elle autre chose que la reproduction interne des phénomènes extérieurs, classés suivant la constance de leurs liaisons ? Et cette reproduction n’est-elle pas l’œuvre des phénomènes eux-mêmes, qui viennent un à un déposer leur empreinte sur une cire d’une fermeté convenable pour la recevoir et la conserver ? La volonté enfin est-elle autre chose que l’ensemble de nos tendances, soit primitives, soit acquises, entrant en activité sous l’influence d’un stimulant extérieur, et mettant à leur tour leur marque sur les choses ? Quant à la conscience du libre arbitre, est-elle autre chose que le sentiment d’être nous-mêmes la cause de nos actes (sentiment fondé, car nos tendances, c’est nous-mêmes), joint à la perception d’un conflit entre nos désirs, et à l’ignorance d’une partie des causes qui en déterminent l’issue ?

Toute l’activité psychologique semble donc pouvoir se ramener à l’action réflexe. Mais celle-ci n’existe-t-elle pas déjà dans le monde physiologique ? N’est-elle pas la fonction de tout organisme ? N’acquiert-elle pas, surtout dans les organismes supérieurs, une complication, une coordination et une puissance d’adaptation singulières ?

Dès lors est-il nécessaire d’admettre un nouveau principe pour expliquer l’homme ? Ses facultés même les plus rele-