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CHAPITRE VII


de l’homme


C’est une règle de la science de supposer le moins de causes possibles, et, lorsque surviennent de nouveaux faits à expliquer, de les rapprocher des causes déjà connues, pour voir s’ils en dépendent, avant d’admettre l’existence d’une cause nouvelle. Or, une fois en possession des concepts et des lois de l’être, des genres, de la matière, des corps et de la vie, l’esprit n’est-il pas en mesure de tout expliquer, et n’a-t-il pas achevé la liste trop longue des postulats de la science ?

Tout ce que le monde offre à l’esprit est en effet explicable par ces principes, si l’homme y peut rentrer. Car en dehors des formes de l’être auxquelles ces principes s’appliquent immédiatement, il ne reste d’autre objet donné dans l’expérience que la nature humaine.

Notre premier sentiment est, sans doute, qu’il existe une différence radicale entre l’homme, doué de raison et de langage, et le reste des êtres vivants. Mais la comparaison et l’induction ne viennent-elles pas infirmer cette croyance ? Ne voyons-nous pas la nature humaine présenter, dans le passé et dans le présent, une série de dégradations qui la rapprochent des êtres inférieurs ? Ne peut-on pas dire que, chez l’homme le plus élevé, les facultés que nous admirons, si nous en recherchons la genèse, ne nous apparaissent pas comme des