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raient, comme cas particulier, dans les phénomènes physiques. Mais la loi de l’habitude héréditaire a précisément pour objet de remédier à l’insuffisance des lois physiques proprement dites en matière physiologique ; et la propriété qu’elle énonce est effectivement en opposition directe avec les principes fondamentaux de la physique et de la chimie, suivant lesquels la nature d’un corps est déterminée une fois pour toutes. Un cas particulier peut sans doute être la négation d’un autre cas particulier, comme tel, mais non pas la négation du cas général lui-même. C’est donc à titre de loi physiologique proprement dite, et de loi fondamentale, que l’habitude héréditaire doit concourir à l’explication du monde vivant ; et, dans ces termes, elle ne peut être considérée comme une loi positive.

En résumé, le mode de l’organisation semble varier, non seulement chez l’individu, mais même, jusqu’à un certain point, dans l’espèce ; et ces variations ne sont pas indifférentes, mais constituent, soit une décadence, soit, plus souvent peut-être, un perfectionnement. On peut donc penser que la quantité de vie ne demeure pas constante dans l’univers ; et que la nature des phénomènes physiologiques n’est pas entièrement déterminée par les lois qui leur sont propres.

Et, en effet, s’il est vrai que l’enchaînement des phénomènes physiques proprement dits, conditions des phénomènes physiologiques, ne soit pas fatal, est-il inadmissible que le monde vivant profite de cette indétermination ; que les êtres organisés, doués par eux-mêmes d’une certaine mobilité, d’une faculté de développement et de progrès, parviennent à profiter de ces dons de la nature et à se déployer en tout sens, grâce à l’élasticité même du tissu des conditions physiques ?

On peut concevoir d’ailleurs que l’intervention de la vie dans le cours des choses physiques ne soit pas brusque et