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manière organique elle-même ; en un mot, la conservation de la vie.

Peut-on soutenir que cette loi n’implique pas la nécessité absolue des phénomènes biologiques, en alléguant que la conservation de l’énergie vitale ne préjuge pas le mode d’emploi de cette énergie ?

Cette interprétation de la loi de conservation ne semble guère plus fondée en physiologie qu’en physique ou en mécanique. Les choses ne sont jamais données que sous une forme déterminée ; et les déterminations, le mode d’emploi, n’en peuvent être modifiées, selon la loi de conservation elle-même, que par l’intervention de conditions nouvelles du même ordre, lesquelles altéreraient la moyenne, si elles ne faisaient pas, d’avance, partie du même système.

Le problème de la nécessité des lois, divers dans ses applications, demeure identique dans sa forme générale. En physiologie comme en physique ou en mathématiques, il faut en venir à le poser en ces termes : la permanence de la quantité donnée est-elle nécessaire ? Or, quelle réponse doit-on faire à cette question, en ce qui concerne la vie ?

On ne peut se fonder sur la définition même de la vie pour affirmer qu’il se conserve nécessairement la même somme d’énergie vitale dans l’univers. Car cette définition laisse indéterminé le nombre des êtres vivants, et elle admet un très grand nombre de degrés d’organisation.

On ne peut davantage invoquer un principe synthétique rationnel permettant de construire à priori la science physiologique. Car l’impossibilité d’une telle construction est manifeste ; et les termes qui constitueraient ce principe, pour avoir une apparence métaphysique, ne seraient jamais, dans leur acception utile à la science, que des données expérimentales.

Il ne reste qu’à consulter l’expérience elle-même, et à voir