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Le
MYSTÉRIEUX
MONSIEUR
DE L’AIGLE
Par
Mme A. B. LACERTE
Illustration
d’Albert Fournier


Première Partie

UNE ERREUR JUDICIAIRE

I

LA FILLE DU MARTYR

Dans une chambre pauvre, mais propre, sur un lit étroit, mais d’une blancheur immaculée, une malade est couchée. C’est une toute jeune fille ; elle n’a que seize, dix-sept ans à peine. Son visage tout défait, ses traits étirés, ses yeux cernés de bistre, ses lèvres pâles, disent clairement qu’elle est atteinte d’une maladie grave, peut-être mortelle.

Au chevet de ce lit de souffrance se tient le médecin, un homme aux cheveux gris, dont le visage, ordinairement jovial, a revêtu une expression de tristesse. Il frotte ses mains l’une contre l’autre et il hoche la tête d’un air fort significatif.

Non loin, est une femme fort corpulente, Mme St. Onge, une voisine, qui, dans la bonté de son cœur, est venue donner ses soins à la malade. Pour le moment, elle est à mettre un peu d’ordre sur une petite table couverte de fioles de toutes formes et de toutes grandeurs.

Trois autres femmes du voisinages se tiennent debout au pied du lit.

— Que pensez-vous de votre malade, ce soir, Docteur ? demanda soudain Mme St-Onge.

— Ce que j’en pense ?… Hélas ! je le crains, toute la science médicale au monde ne pourrait la sauver.

— Ainsi, elle n’en reviendra pas, vous pensez ?

— Oh ! non ! Elle est finie, la pauvre enfant, je le crains… Voyez plutôt ; elle est tout à fait inconsciente, depuis ce matin.

(Mais en cela, le médecin se trompait. La malade, quoiqu’elle n’eut pu donner signe de vie, avait parfaitement conscience de ce qui se faisait et de ce qui se disait autour d’elle).

— Pauvre Magdalena ! Pauvre fille ! fit une voisine, en essuyant une larme.

— Mais elle serait cent fois mieux morte la pauvre petite ! fit une autre.

— Bien sûr que oui ! amplifia la troisième voisine. Elle n’a ni parents ni amis… Personne ne tient à s’associer avec elle, dans le village…