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le mystérieux monsieur de l’aigle

Pauvre Magdalena ! dit-il, entre haut et bas. Pauvre chère petite ! Combien elle avait hâte de quitter le village, pour n’y jamais revenir ! Elle ne parlait que de cela, la chère enfant… Le fait est qu’elle n’était pas heureuse ici. Quoiqu’elle affectât toujours une grande gaité, en ma présence, je l’ai surprise, plus d’une fois, à pleurer en cachette… Il n’est rien de pire qu’un villageois, aussi, pour garder la mémoire des événements… Dans une ville, il y a longtemps que l’exécution de ce pauvre Arcade serait oubliée ; ici, c’est comme si ça s’était passé hier, et Magdalena en a toujours souffert. Oh ! La pauvre petite !

Le « père Zenon » alla vers une tablette, sur laquelle il prit une boîte d’allumettes, puis se dirigeant du côté de la cuisine, il s’assit auprès d’une table et se mit à fumer, le visage tourné vers la salle. Mais il n’aspira que quelques bouffées de tabac ; on eut dit que quelque chose d’indéfinissable, d’irrésistible, l’attirait dans la salle.

Magdalena, de sa cachette, vit son père adoptif s’approcher, encore une fois, du cercueil… Elle l’entendit soupirer profondément… Soudain, il se pencha et fit mine de soulever le couvercle du cercueil. N’y parvenant pas il se mit à l’examiner de près, et un grand étonnement parut dans ses yeux.

— C’est étrange ! murmura-t-il. Je ne me souviens pas d’avoir vissé le couvercle du cercueil ; il me semble que je n’avais fait que le poser dessus… Qu’est-ce que ça veut dire ?…

De nouveau, il essaya d’enlever le couvercle. De nouveau, il se pencha, examina les visses, puis il commença à les dévisser.

— Personne n’a pu entrer ici durant mon absence, bien sûr ! se dit-il. Mais, comment se fait-il que le couvercle du cercueil soit vissé ?… L’aurai-je vissé moi-même, par distraction ?… C’est presqu’impossible ! Je me souviens que je m’étais dit que je laisserais le cercueil ouvert, jusqu’au matin, car je savais que je voudrais revoir Magdalena une dernière fois… C’est étrange, très très étrange !

Les visses ayant été enlevées, le « père Zenon » souleva, assez brusquement le couvercle. Aussitôt, un cri s’échappa de sa poitrine… À travers la vitre, que voyait-il ? Quelque chose d’informe, recouvert d’un suaire, du suaire dont Magdalena avait été enveloppée !… Ô ciel ! Ô ciel ! Quelqu’un avait donc pénétré dans la maison durant son absence et volé le cadavre de sa fille adoptive ?… Ces sortes de profanations n’étaient pas très rares, il le savait… Mais, qu’on eut enlevé le cadavre de Magdalena !…

— Mon Dieu ! Mon Dieu ! sanglota-t-il. Quel crime ! Quel sacrilège ! Magdalena ! Magdalena !

— « Père Zenon », fit une voix alors.

— Hein ? cria-t-il presque.

— « Père Zenon » ! Ne craignez rien ; je…

— C’est… C’est la voix de Magdalena ! balbutia le « père Zenon ».

— C’est Magdalena qui vous parle… Écoutez…

— Magdalena !… Où es-tu donc ?… Je…

— Je suis ici… Encore une fois, ne craignez rien, répéta la jeune fille, en s’avançant dans la salle.

— Magdalena ! balbutia le « père Zenon » en faisant un mouvement de recul. C’est… C’est l’ombre de…

— C’est Magdalena, bien vivante, cher « père Zenon »… Je me suis…

— Magdalena ! Vivante ! s’exclama-t-il. Est-ce que… Est-ce que je rêve ?

— Vous êtes bien éveillé et vous ne rêvez pas, répondit-elle. Je… Je me suis éveillée… J’étais couchée dans… dans un cercueil… Ô mon Dieu ! sanglota-t-elle.

— Ciel ! Ô ciel ! Magdalena !… Et tu dis t’être éveillée dans… dans ton cercueil ! Oh ! Que c’est épouvantable ! Et tu étais seule !… J’étais allé prendre l’air un peu… Si j’eusse été ici, au moins !… Ô Magdalena ! Viens, viens, que je te presse dans mes bras, afin de m’assurer que c’est bien toi ; que tu n’es pas une ombre ; que tu es bien vivante…

Il tendit ses bras vers la jeune fille, qui, s’étant approchée, se suspendit au cou de son père adoptif et éclata en sanglots convulsifs.

— Ca été si épouvantable ! ne cessait-elle de dire et de redire. Quand j’ai eu constaté que j’étais couchée dans un cercueil… Oh !… ajouta-t-elle en frissonnant.

Devant ses yeux repassa toute l’horrible scène et elle se sentit faible tout à coup.

— Viens t’asseoir dans la cuisine avec moi, Magdalena, fit le « père Zenon » voulant éloigner sa fille adoptive des décors funèbres qui les entouraient. Raconte-moi tout maintenant, si tu le peux, ma Magdalena, reprit-il, lorsqu’elle fut installée auprès de lui. Ô ma pauvre, pauvre petite !

Elle lui raconta tout ce qui s’était passé : son réveil, dans le cercueil ; l’horreur qu’elle en avait ressenti ; son évanouissement, etc., etc.

— Ô ma pauvre enfant ! s’écria le « père Zenon » lorsqu’elle lui eut tout raconté. Et dire que tu étais seule, pour supporter toutes ces horreurs !… Longtemps, je me reprocherai d’être sorti… Si j’avais été ici… à nous deux, c’eut été moins épouvantable… Mais, Dieu soit béni ; te voilà vivante, ma Magdalena !

— Quel sort affreux aurait été le mien, si je ne m’étais éveillée que quelques heures plus tard ! Ô mon Dieu ! ajouta-t-elle, en pleurant.

— Essayons de ne plus penser à ces choses, ma chérie… Tu es vivante ; pour cela, remercions la divine Providence !

— Est-ce le jour ? Est-ce la nuit, « père Zenon » ? demanda Magdalena soudain. Est-ce la lune ou bien le soleil levant qu’on aperçoit, à travers les stores baissées ?

— Il est cinq heures et demie du matin, répondit le « père Zenon », après avoir regardé l’heure à sa montre. Cinq heures et demie, répéta-t-il ; aussitôt que l’angelus sera sonné, dans une demi-heure maintenant, j’irai au presbytère, avertir M. le Curé de ce qui vient de se passer, car, à sept heures devaient avoir lieu…

— Mes funérailles, acheva Magdalena, en frissonnant.

— … Oui, pauvre chère enfant… Mais, il