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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/88

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les préjugés et les tares des barbaries guerrières, mais qui atteste la vigueur du sentiment qui le poussait à celle union.

Ce bonheur, que l’un et l’autre se promettaient avec une ferveur si passionnée, ils en ont longuement goûté la joie sans ombre. Après quarante années de vie commune, ils poursuivent dans la quiétude, sous le fardeau léger des jours heureux, leurs destinées pareilles. La compagne attentive, l’amie tendrement dévouée que la jeune fille promit jadis, en une heure d’enthousiasme, à son glorieux époux, la comtesse Tolstoï le fut, depuis plus de quarante années, avec une orgueilleuse allégresse incessamment renouvelée. Tout ce qu’elle donna d’attachement à son mari, celui-ci le lui rendit en confiance. Elle fut la compagne de son âme en même temps que de sa vie. Pas de projet qu’il ne discute avec elle, point de livre qu’il ne lui soumette d’abord. Elle raconte qu’il lui lut un jour une nouvelle qu’il venait d’achever ; il la consultait ; timidement elle lui dit, avec des précautions :

— Mon ami, je n’ai pas l’habitude de te