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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/57

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Ses hautes épaules sont à peine voûtées ; sa tête, qui cède au poids du front chargé de méditation s’incline légèrement en avant ; et parfois il se redresse brusquement, comme un lion secoue sa crinière, rejette la tête en arrière, fait saillir sa poitrine qui se gonfle, et passe, sous sa ceinture dé cuir verni, ses deux vastes mains ouvertes. Alors il parle avec une richesse renouvelée, d’une voix plus rapide et plus ample ; c’est, dans ces minutes, comme s’il sortait soudain de soi-même et répandait autour de lui les biens de son âme : et il ressemble alors, avec son visage puissant et hardi, à une bête glorieuse qui se lève du coin d’ombre où elle méditait, et, se dresse au seuil de sa caverne pour y respirer plus largement.

Sitôt expédié mon « équipage », Tolstoï croise les jambes, et, tout de suite, il me dit :

— A-t-on des nouvelles à Saint-Pétersbourg ?

Je dis ce que je sais, et j’ajoute :

— Est-ce que vous suivez exactement les événements de la guerre ?