Ouvrir le menu principal

Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/56

Cette page a été validée par deux contributeurs.


gicien et un doctrinaire. Le cœur, chez lui, après qu’il a suscité le travail cérébral, abdique par système devant la pensée. Il professe que le bonheur des hommes est en raison inverse de leurs besoins. Payant à mon cocher un prix excessif, je risquais de créer en lui du désir. Et il riait non de ma candeur, mais de mon ignorance. Ce n’est que plus tard que je compris cela.

Le comte Tolstoï a la voix nette et bienveillante, grave, sans rudesse. Il s’exprime en français avec une abondance aisée, cherchant quelquefois ses mots, les trouvant toujours ; son langage est simple, précis, réfléchi ; sa courtoisie extrême se marque dans sa conversation, dans ses gestes, dans ses silences, dans ses regards, dans toute sa personne mesurée et sévère : le seigneur de Iasnaïa Poliana a pu se priver de ses biens, se mêler à la vie des paysans, se vêtir à leur manière, donner pour garant de l’apostolat de sa parole l’apostolat de sa vie, il est demeuré le seigneur, et c’est un gentilhomme qui reçoit sinon dans ses terres, du moins dans le domaine de sa pensée.