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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/52

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demandais peureusement s’il consentirait à parler avec moi des choses dont je souhaitais l’entretenir…

Je n’attendis pas longtemps. Au bout de peu de minutes, un pas lent descend les marches d’un escalier, la porte s’ouvre, et il paraît.

Il fait trois pas dans la petite pièce ; il a, par un geste qui lui est habituel, la main gauche suspendue par le pouce à sa ceinture de cuir, la main droite tendue, un large sourire dans sa grande barbe, et c’est en effet le bon Dieu des maîtres italiens que je vois soudain debout devant moi. Il porte une blouse grise ouverte sur son cou, et qui laisse voir, à travers la barbe, une chemise blanche sans col, un ample pantalon, des pantoufles de cuir ; mais ce n’est pas ce costume, popularisé dans le monde par l’illustration, que j’aperçois d’abord : c’est la grandeur saisissante de sa face. Comme on représente le père des hommes dans les fresques tumultueuses, tout en lui est démesuré : son front, haut et vaste comme la muraille d’une citadelle, son large nez, sa bouche