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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/51

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J’étais poussé vers lui par une vénération fervente, par un entier acquiescement aux œuvres de son génie littéraire, et aussi par le désir de connaître en lui un exemplaire d’humanité supérieure. Mais ce bon dieu de légende n’était qu’un homme pourtant, et l’homme surpris dans l’intimité de la vie coutumière ne ferait-il point tort au bon Dieu ? Les grands esprits sont des planètes dont il faut aimer la lumière bienfaisante, mais sur lesquelles il ne convient pas toujours de promener les lunettes des observatoires. Puis, de quels sommets supérieurs ne devait-il point considérer les curieux de mon espèce ? Certes, je le savais accueillant et simple. À l’ami qui avait bien voulu lui demander de m’ouvrir son logis, il avait télégraphié ces deux seuls mots d’une locution russe, milosti prosim, littéralement intraduisibles, et qui correspondent à notre : « Qu’il soit le bienvenu ». Ce souhait cordial me ravissait. Mais qu’étais-je autre chose pour lui que le passant de rencontre qui pénètre dans la maison du travailleur et trouble sa vie indiscrètement ? Et je me