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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/278

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IX


Le 15 octobre 1895, j’ai été appelé pour faire mon service. Quand vint mon tour de tirer au sort, je refusai de le faire. Les fonctionnaires me regardèrent, puis causèrent entre eux et me demandèrent pourquoi je ne voulais pas tirer. Je répondis parce que je ne prêterai pas serment ni ne prendrai un fusil. Ils me dirent qu’on verrait cela après, qu’en attendant je devais tirer au sort. Je refusai de nouveau. Alors on ordonna au starosta de notre village de tirer pour moi. Le starosta tira le n° 674. On m’inscrivit. Entra la chef du recrutement. Il me fit appeler dans le bureau et me demanda : « Qui t’a enseigné tout cela et pourquoi ne veux-tu pas prêter serment ? » Je répondis que je l’avais appris moi-même en lisant l’Évangile. Il me dit : — Je ne crois pas que tu aies pu comprendre l’Évangile tout seul, là-bas, tout est incompréhensible ; pour le comprendre, il faut avoir beaucoup étudié. À cela je dis que le Christ n’a pas enseigné de choses savantes, puisque les hommes les plus simples, même illettrés, comprenaient bien sa doctrine. Alors il ordonna à un soldat de me conduire dans un détachement. Avec le soldat je suis allé dans la cuisine et nous avons dîné là. Après le dîner, on s’est mis