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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/249

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anxieux et grisés pourtant par les mots sonores et menteurs claironnés à leurs oreilles ; ils marcheront sans révolte, passifs et résignés, alors qu’ils sont la masse et la force, et qu’ils pourraient, s’ils savaient s’entendre, établir le bon sens et la fraternité à la place des roueries sauvages de la diplomatie.

Ils marcheront, piétinant les récoltes qu’ils ont semées, brûlant des villes qu’ils ont construites, avec des chants d’enthousiasme, des cris de joie, des musiques de fête. (E. Rod, le Sens de la vie, p. 208, 312.)


Mais auparavant le témoin oculaire était monté sur le pont du Varyag. Le spectacle était épouvantable. Jamais aucun des assistants n’avait vu une pareille boucherie. Partout du sang, des débris de chair, des troncs sans tête, une odeur de sang à donner des nausées aux plus aguerris. Le kiosque de combat avait extrêmement souffert. Un obus avait éclaté sur son sommet, tuant un jeune officier qui, le télémètre à la main, donnait des instructions pour le pointage. Du malheureux, il ne restait qu’une main crispée sur l’instrument. Des quatre hommes qui se trouvaient avec le commandant, deux furent mis en morceaux, deux autres grièvement blessés. Quant au commandant, il en était quitte avec un éclat d’obus reçu près de la tempe.