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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/235

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bien arriver, j’enverrai ton extrait mortuaire à ta famille afin qu’elle puisse te pleurer et que tes frères puissent hériter de toi. Si tu perds un bras ou une jambe, je te les paierai ce qu’ils valent, mais si tu as le bonheur ou le malheur, comme tu voudras, d’échapper au boulet, quand tu n’auras plus la force de porter ton sac, je te donnerai ton congé et tu iras crever où tu voudras, cela ne me regardera plus. (Claude Tillier, Mon oncle Benjamin.)


… Mais j’appris la discipline, à savoir que le caporal a toujours raison lorsqu’il parle au soldat, le sergent lorsqu’il parle au caporal, le sous-lieutenant au sergent-major, ainsi de suite jusqu’au maréchal de France ; — quand ils diraient que deux et deux font cinq ou que la lune brille en plein midi.

Cela entre difficilement dans la tête, mais quelque chose vous aidera beaucoup, c’est une espèce de pancarte affichée dans les chambrées et qu’on lit de temps en temps, pour vous ouvrir les idées. Cette pancarte suppose tout ce qu’un soldat peut avoir envie de faire, par exemple de retourner dans son village, de refuser le service, de résister à son chef, et cela finit toujours par la mort ou cinq ans de boulet au moins. (Erckmann-Chatrian, Histoire d’un conscrit de 1813, p. 119-120.)