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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/231

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chair à canon — affolés par les prières, les sermons, les appels, les processions, les images, les journaux, avec l’angoisse au cœur, mais une bravoure apparente, quittent parents, femmes, enfants, vont là où, en risquant leur vie, ils commettent l’acte le plus terrible : le meurtre d’hommes qu’ils ne connaissent pas, et qui ne leur ont fait aucun mal. Et derrière eux, suivent des médecins, des sœurs de charité, qui vont là, supposant, on ne sait pourquoi, que chez eux, ils ne peuvent secourir les gens simples et pacifiques qui souffrent, mais qu’ils peuvent secourir seulement ceux qui sont occupés du meurtre.

Quant aux gens qui restent chez eux, ils se réjouissent des nouvelles du meurtre des hommes, et lorsqu’ils apprennent qu’il y a beaucoup de Japonais tués, ils en remercient quelqu’un qu’ils appellent Dieu.

Et tout cela est jugé non seulement comme la manifestation de sentiments élevés, mais ceux qui s’abstiennent de pareilles manifestations, s’ils tâchent de faire comprendre aux autres la vérité, sont regardés comme des traîtres, des transfuges ; ils sont menacés ou