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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/200

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yeux, et fait un mouvement de lassitude. Je lui demande s’il est souffrant :

— Non, dit-il, je vais bien. Mais je me sens fatigué depuis quelques jours. Le soir, j’éprouve parfois, après une journée de travail, de petits étourdissements passagers.

Puis, avec un grand geste accablé :

— Ah ! comme c’est ennuyeux ! Il va falloir « se remettre à s’affaiblir, à se préparer à la mort ! » … Je la sentais si proche, j’y étais si bien consentant, il y a deux ans ! Je croyais bien que tout était dit, que c’était fini, que la cloche avait sonné… Ce n’était pas vrai… Je me faisais l’effet d’un vieil équipage, tombé au fond de l’ornière, embourbé ; encore un petit glissement, encore une petite inclinaison, il chavirait de l’autre côté, et c’était fini, et j’étais parti ; j’avais accepté cela, et je ne me sentais nul regret… Mais non, il a fallu que l’on vienne à la rescousse de ce vieil équipage délabré, et qu’on le tire violemment en arrière, et qu’on lui fasse repasser l’ornière pour le ramener de ce côté-ci ! Et me voilà… Et toute cette descente, toute cette chute, il faudra la recommencer