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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/188

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mentent, ni ne s’enivrent, Ils mènent une vie exempte de dérèglement. Ils sont simples. Ils ignorent l’envie, la colère, l’ambition. Ils proscrivent la jouissance et détestent la violence. Ils pratiquent le bien. Ils sont en permanent effort sur eux-mêmes pour paralyser la poussée des vices ataviques et réaliser la vertu. Que souhaiter davantage ? Oui, en vérité, je crois bien qu’ils sont l’image accomplie d’une humanité libérée.

— Permettez-moi, dis-je, de vous soumettre l’envers de la même question. Si les Doukhobors sont ce que vous pensez, quel serait, en revanche, selon vous, celui de tous les peuples organisés qui, au moment où nous sommes, paraît le plus éloigné de la perfection où ceux-là se sont élevés ?

Tolstoï cherche, hésite, puis :

— Je ne sais, fait-il. Non, je ne sais pas. Je n’ai pas réfléchi sur cette question.

— Ne pourrait-on pas dire que les Américains sont ce peuple-là ?

— Pourquoi ?

— Voilà un peuple terriblement réaliste, jouisseur, systématiquement hostile à l’idéal.