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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/186

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et, parmi cette immensité douloureuse, pareille ce soir, ainsi que je l’imaginais, à un blanc cimetière, à un cimetière qui serait toute la terre, voici, solitaire, une lampe qui veille, une lueur qui frissonne dans le néant de la vie : la lueur merveilleuse que font, dans la détresse des hommes, un cerveau en méditation et un cœur qui palpite. Et j’étais, à cette heure, l’indigne que baignaient les rayons de cette lampe auguste !

Sur quoi réfléchissait Léon Nicolaiévitch ? Il se taisait. Et moi, songeant à ces choses, je respectais le recueillement de son âme.

Un pas soudain gravit l’escalier de bois. Le docteur parut ; et il sembla qu’avec lui un peu de froid entrait dans la maison. Il venait de Toula. Il avait profité de son voyage pour rapporter le courrier : un gros paquet de livres, de revues, de journaux, de lettres. Léon Nicolaïévitch ouvre un télégramme : c’est un journal russe qui lui demande son opinion sur la guerre.

— Me voyez-vous, fait-il, écrivant dans un