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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/170

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l’affaire Dreyfus, ne peut-on faire les mêmes constatations ? Me parlerez-vous de l’antisémitisme ? Ce n’est pas non plus une dispute nouvelle. L’iniquité antisémitique n’est pas spéciale à la France. Elle s’étale sur le monde méchant. Et pourquoi voulez-vous que ce petit officier juif, condamné à tort, je le veux bien, et innocent certes…

La comtesse Tolstoï, qui écoutait sans mot dire, intervint à ce moment, et fit :

— Vraiment, est-il innocent ?

Alors Tolstoï, levant les yeux sur elle, articula lentement, d’une voix soudain grave :

Oui, oui, il est innocent. Cela est prouvé. J’ai lu les pièces du procès. Il est innocent, on ne peut plus maintenant le contester.

Je dis :

— J’enregistre, maître, cette déclaration, mais je l’enregistre sans surprise. Je ne doutais pas de l’entendre de votre bouche. Et comment Tolstoï eût-il failli à parler dans le sens de la vérité ? Mais si Dreyfus est innocent, fallait-il donc le laisser an bagne ?