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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/157

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— Mais oui, j’avais raison. Le mieux était de nous taire. Du reste, tout est bien. Tu as écrit une très belle lettre, et c’est tout.


Le dîner fini, le maître reste à table, moi près de lui. La comtesse, sa fille et sa bru se sont levées, et ont gagné l’extrémité de la pièce où elles s’asseyent autour de la table ronde, des ouvrages de femmes à la main.

Tolstoï, un moment silencieux, me dit :

— Les hommes ont sans cesse à la bouche ce beau mot de liberté. Il faudrait s’entendre sur ce qu’il signifie. On n’établit pas, on n’institue pas, on n’organise pas la liberté, qui n’est que le naturel épanouissement de l’individu. Tout le problème est de supprimer la violence. Bannissez la violence et la liberté sera.

— Pour abolir la violence, ne faudrait-il pas supprimer d’abord l’homme lui-même ?

— Ne dites pas cela. La violence n’est pas fondamentale dans l’homme, car je connais des hommes qui la haïssent, et je conçois une société d’où elle serait proscrite.