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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/154

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cheusement dépourvu d’intellectualité qu’est M. de Plœhwe. »

— Le miracle, dis-je, est que l’on vous laisse en paix. Vous écrivez et vous parlez selon votre gré, et nul ne vous inquiète. Vous êtes le seul homme libre de l’empire. Vous réalisez ce paradoxe d’être, sous ce régime où la volonté d’un seul ordonne, l’obstacle unique devant lequel l’État hésite et s’arrête. Et cela prouve tout de même qu’il n’est plus aujourd’hui d’autocratie qui puisse dédaigner l’opinion du monde.

Alors Léon Nicolaiévitch, réfléchissant sur lui-même, laissa tomber lentement ces mots qui attestent la haute vertu de son esprit :

— Oui, je sais. Mais cette liberté même qu’ils me laissent me lie. Je me sens en vérité moins libre que s’ils entreprenaient contre moi.

Et, souriant maintenant, il ajouta :

— Je suis comme un passager sur un vaisseau en dérive, qui est le seul à pourvoir tenir le porte-voix, et qui le sait. Il faut qu’il s’en serve utilement et n’y dise