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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/147

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heureux. Il m’écrit. Il est mon grand ami.

La voix du maître s’était apaisée, et il s’exprimait maintenant avec une grande mélancolie et une infinie pitié. J’admirais l’ardeur de sa foi, sa passion obstinée au bien des hommes, la dure et irrévocable énergie de son bienfaisant prosélytisme. Je ne sais plus qui a dit que la volonté est un des principaux organes de la croyance. Je vérifiai à cette minute ce mot de philosophe ; je regardais dans l’action une volonté intrépide au service d’une invincible croyance !

— Alors, dis-je, vous n’êtes pas du tout sensible à cette pensée que la défection des soldats assurerait le triomphe des Japonais sur la Russie, votre patrie ?

— Ah ! il faut que je sois sincère, fait-il en souriant. Je ne me sens pas, au fond de moi, complètement libéré de la notion de patriotisme. Par l’atavisme, par l’éducation, il traîne en moi, malgré moi, des restes de sentimentalité égoïste. Il faut que je fasse intervenir ma raison, que je me réfère à mon devoir essentiel, et je me dis alors, sans aucune