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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/144

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de la morale éternelle. C’est ce que font les Doukhobors. « Avez-vous idée », ajoute-t-il selon une forme de langage dont il est coutumier, de ce que c’est que les Doukhobors ?

— Mais que l’exemple des Doukhobors se généralise ; que, par hypothèse, un grand nombre d’hommes, que la majorité des soldats refusent de prendre les armes, que la mobilisation générale en soit paralysée ?…

— Alors ce sera une grande victoire, je ne dis pas pour mes idées, mais pour la civilisation et l’humanité ! Ma conscience me dit que le meurtre, sous quelque forme qu’il s’exécute, de quelque prétexte qu’il se couvre, est exécrable ; que la guerre est un fléau monstrueux, une aberration sanguinaire, que tout ce qui prépare à la guerre est condamnable.

Pour la première fois, je vois Tolstoï s’échauffer. Sa parole se précipite, sa voix tremble, ses traits se contractent. Il y a dans ses yeux des étincellements, on perçoit dans sa poitrine une force qui le soulève, et un rayonnement émane de toute sa personne. Et de l’avant-bras, il fait des gestes verti-