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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/143

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arrière, ses deux larges mains appuyées à son ventre, sous sa ceinture de cuir. Et le hachis de légumes jaunes attendait dans son assiette.

— Oui, oui, j’ai vu cela dans un journal. Je ne l’ai pas démenti, parce que, si je me mettais à reprendre toutes les sottises des journaux à mon endroit, j’y passerais ma vie. Mais d’où a pu venir une si folle invention ?

Je n’insiste pas, et je continue :

— Veuillez me permettre une question. Dans ce moment où le sort de la Russie est engagé, vous Russe, quoi que vous pensiez de la guerre et de cette guerre, n’avez-vous nulle réserve à faire, je ne dis pas sur les idées que vous avez prêchées toute votre vie, mais sur l’application pratique et sur la propagation de ces idées ?

D’une voix grave, il dit aussitôt :

— Aucune réserve.

— Si des hommes, pris par la mobilisation, refusaient le service ?

— Ils feraient leur devoir, profère Tolstoï avec force. Ils obéiraient à l’ordre impérieux