Ouvrir le menu principal

Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/136

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Chinois des environs. On leur donne des pelles, des pioches. On les oblige à creuser une grande fosse. Quand la fosse est achevée, on les met en ligne le long de ses bords. Puis, à un signal, une troupe de Cosaques, se précipitant sur eux à coups de pieds, de poing, de crosse, de sabre ou de fouet, les y font choir, et, morts ou blessés, on les recouvre de terre, on comble la fosse, on nivelle le sol. Là, peut-être, poussent maintenant des carottes dont se nourrissent nos armées. Voilà notre civilisation ! »

J’ai fait un geste d’horreur.

— La chose est authentique, affirme la comtesse. Notre amie la tenait directement d’un ingénieur, M. X…, qui était employé à la construction de la ligne, et qui est un homme véridique. Il en a été témoin.

— Alors, continue Tolstoï, comment voulez-vous que je décide a priori si la civilisation gagnera davantage au triomphe de la Russie ou du Japon ? Où est-elle la civilisation ? Chez les jaunes, chez les blancs ? Où sont ses actes, où sont ses résultats en Europe ? Est-ce que le monde avance, est-ce