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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/128

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limités à l’accident de notre existence. Quelle outrecuidance ! L’éternité nous enveloppe. Et que sont dix ans, quinze ans, dans l’ascension humaine ?

Il ajoute, sans mélancolie, avec une grande sérénité d’accent :

— En ce qui me concerne, d’ailleurs, on n’attendra pas si longtemps.

Je fais à mon tour :

— Le temps n’est rien en effet. Cinquante jours ou cinquante ans, même chose. Mais il y a donc des hommes qui mourront sans avoir connu ce que vous considérez comme des vérités profitables. Vous les aurez ravies à leur connaissance. Si vous les jugez vraiment salutaires, avez-vous le droit de les leur dérober ?

— Cela n’est rien. Si ce n’est ceux-ci, d’autres les connaîtront. On ne travaille pas pour tels ou tels. Je me reproche de n’avoir pas pris plus tôt ce parti. Si tous ceux qui écrivent agissaient de la sorte, on verrait moins de livres inutiles. Dégagés du souci, même inconscient, de se faire valoir, ne produiraient plus que ceux qui le feraient véri-