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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/115

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ton, tu n’es qu’un homme, et, si ton langage est divers, ton âme est une et tes pensées sont pareilles ! Je me souviens de ce procès — jugé naguère en France, et rapporté par Émile Zola — d’un paysan condamné, à plusieurs reprises, pour avoir reculé dans le champ voisin la borne de son champ, et qui, obstiné dans sa rapacité, fut surpris, une nuit, tandis qu’avec une pelle il répandait sur son propre terrain quelques décimètres cubes de la terre arrachée à la propriété voisine. Comtesse Tolstoï, qui me parliez de vos moujiks, est-ce que ce paysan de France, cet âpre voleur de la terre, n’est pas aussi un peu de chez vous ?

Je dis :

— On doit empiéter sur votre domaine aussi bien que sur les autres ?

— Je crois bien ! On ne fait même que çà. Mais nous fermons les yeux et nous n’engageons jamais de procès.

De retour à Pétersbourg, un témoin sûr me conta, quelques jours après ma visite à Iasnaïa Poliana, un trait de la vie de Tolstoï. Je le rapporte ici, dans sa généreuse simplicité.