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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/114

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multiples procès où s’étale la cupidité paysanne. Et je songeai à nos paysans de France. L’âme terrienne est la même partout ; elle est indifférente aux retentissantes et vaines disputes des peuples, car elle ne distingue point entre les costumes et les langages, et elle est avide et insatiable. Terre auguste et barbare, terre qui nourris et qui flétris, tu portes en toi toute la vie et toute la mort. À qui se penche vers toi pour t’étreindre, tu ouvres généreusement ton rude flanc et tu te laisses féconder sans mesure, mais non sans ressentiment. Et tu sais prendre tes revanches ; pour prix de la vie que tu distribues, tu fais jaillir de tes entrailles, pêle-mêle, dans un emportement sauvage, les vertus et les crimes, toutes les beautés, toutes les purulences, toutes les abjections, toutes les puissances de haine qui s’entre-choquent dans la pauvre âme débile des tristes hommes ! Et les voici qui, à peine saoulés de ta moisson, se précipitent les uns contre les autres, avec des fureurs de forcénés et des raffinements d’astuce. Laboureur beauceron, morne moujik en peau de mou-