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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/106

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votre âge pour qu’on y croie. Permettez que je vous le dise, c’est de la coquetterie.

Alors elle rit :

— Eh bien, oui, j’y mets de la coquetterie. Je suis très fière de ma santé. C’est mon orgueil et ma faiblesse. Vous savez que je monte souvent encore à cheval avec mon mari !

Elle me dit son grand bonheur que tous deux aient pu mener leur commune vie sans maladie sérieuse. Ils étaient des forts, et ce souci permanent d’une santé à soutenir leur fut épargné. Pourtant, il y a deux ans et demi, le comte fut atteint rudement. Le monde s’en souvient, car il en fut tout entier ému ; dans toutes les capitales, les peuples de toutes les langues attendaient les télégrammes de Crimée, où se débattait l’auguste malade, avec une anxiété quasi nationale. La comtesse se rappelle ces sombres jours. Que de nuits elle a passées au chevet de souffrance, que d’heures troubles et affreuses, que d’épouvantes elle a connues ! Il y avait des minutes où elle entendait, comme à coups de marteau, le furieux cœur de l’agonisant se