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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/104

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n’essaye pas un mouvement, et, d’une voix tranquille et nette, en mots brefs elle indique posément au cocher ce qu’il doit faire. Enfin la bête maîtrisée se calme, nous repartons, et la conversation reprend comme si rien ne l’avait interrompue. Pendant ce temps, j’évoquais, en pareille occurrence, les petits cris apeurés de beaucoup de femmes que nous connaissons tous.

Il n’est pas aisé d’exprimer les mille aspects de la causerie si vivante, variée, familière et pittoresque de la comtesse Tolstoï. Elle parle par petites phrases courtes, lance une boutade, rit, change de sujet, toujours sérieuse avec une allure légère, femme de tête et d’esprit tout ensemble. De qui parlerions-nous, sinon de son glorieux mari ?

— Oh ! vous savez, nous faisons très bon ménage tous les deux, mais il a ses idées. Par exemple, il ne veut pas de tapis ; il dit que les tapis sont des nids à poussière, et que condamne l’hygiène ; tout de même, je lui en avais acheté un à mettre sous ses pieds quand il travaille : il a fallu l’enlever. Et dans toute la maison nous avons des parquets cirés.