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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/101

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À la porte, deux jolis chevaux blancs, souples et nerveux, narines au vent, attelés en flèche, reniflent l’air glacé, et nous partons à travers la neige. Derrière nous, un second traîneau emmène, avec la jeune femme du comte André, Mlle Alexandrine, que j’ai entrevue au déjeuner, silencieuse et farouche. C’est Mlle Alexandrine qui conduit. À un détour du chemin, je regarde en arrière, et je l’aperçois, enserrée dans son manteau gris croisé sur la poitrine, avec un col droit d’astrakan gris et une toque pareille. Elle a les yeux ardents, le teint coloré par la bise, la bouche entr’ouverte, comme pour aspirer davantage l’air rude, et, débordant sa toque, les flammes fauves de ses cheveux, au vent de la course, fouettent follement ses joues et ses oreilles. Elle se tient droite, le buste large, les coudes au corps, les deux mains, hautes et solides, serrant fortement les rênes, emportée dans une ivresse d’espace. Sur la lisière sombre de la forêt, avec sa grise et souple silhouette au-dessus de la mer de neige, avec ses cheveux fous et son visage intrépide, frémis-