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ÉCLAIRCISSEMENT

transcrire exactement en français moderne les divers récits de la Table ronde, dont les moindres comptent des dizaines de milliers de vers ou de lignes, ni même de les analyser rigoureusement. Outre qu’ils différent du tout au tout par le ton et l’esprit, les événements qu’ils rapportent sont contradictoires et ils attribuent aux personnages qu’ils nomment des mêmes noms des caractères qui souvent ne s’accordent nullement. D’ailleurs, tout donne à penser que les lecteurs d’aujourd’hui seraient tôt rebutés par tant de longueurs et de gaucheries qui ne sont pas toujours touchantes, et qu’ils n’auraient guère la patience de suivre les tours et les détours d’une intrigue aussi emmêlée qu’un peloton de fil, où les exploits chevaleresques, qui se succèdent, se ressemblent trop.

D’une manière générale, j’ai suivi le plus complet et le plus beau des romans de la Table ronde : c’est le Lancelot en prose. Toutefois j’y ai retranché des péripéties sans nombre, et en outre j’ai souvent modifié le plan même, voire du tout au tout, soit parce qu’à mon avis le dessin gagnait à être rectifié, soit pour y broder des épisodes étrangers, parfois très importants. Notamment, j’ai à peu près supprimé l’immense prologue, l’Histoire du Saint Graal, qui m’a paru d’un ennui presque insupportable : je n’en ai conservé que les traits essentiels, notamment la belle légende de la Croix, et après les avoir mélangés aux meilleures parties du Joseph d’Arimathie de Robert de Boron, je les ai