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SENÉ
SÉNÉ
— 1744 —

à son retour 1er valet de chambre de la reine Marie-Thérèse, puis s’attacha à Mme d’Angoulême, et sut plaire à tout le monde par son caractère aimable et enjoué. On a de lui des Nouvelles en vers, 1695 ; des Satires, 1695, parmi lesquelles on remarque les Travaux d’Apollon ; des Épigrammes, et une Critique des Mémoires du card. de Retz. Ses Œuvres ont été réunies par Auger (1805). MM. E. Chasles et Cap ont donné en 1856 ses Œuvres posthumes.

SÉNÉCHAL (Grand), ancien grand officier de la couronne de France, réunissait des attributions fort diverses : il avait la surintendance de la maison du roi et des finances, la conduite des troupes, portait à l’armée la bannière royale, et rendait la justice au nom du roi. Cette dignité était la première du royaume, et paraît avoir remplacé, sous la 2e race, celle de maire du palais. Elle devint au xe s. héréditaire dans la maison d’Anjou. Elle fut supprimée en 1191 par Philippe-Auguste; Thibaut le Bon, comte de Blois, en fut revêtu le dernier. Les fonctions et l’autorité du grand-sénéchal furent alors partagées entre le connétable et le grand maître de la maison du roi. Le sénéchal n’était dans l’origine qu’un des domestiques de la maison du prince : son emploi consistait à placer les plats sur la table du roi, et c’est de là, à ce qu’on croit, que lui vient son nom : siniscalco (qu’on dérive du germanique senne, cabane, maison, et schalk, serviteur), voulant dire, dans la vieille langue franque, præpositus mensæ, dapifer. — Les grands feudataires avaient chacun leur sénéchal : on connaît surtout le grand sénéchal de Bretagne, et celui de Guyenne, qui avait sous lui trois sénéchaux (ceux de Saintonge, de Quercy, de Limousin). — Après la suppression de la charge de grand sénéchal, les sénéchaux ne furent plus que des officiers subalternes, qui rendaient la justice, soit au nom du roi, soit au nom des seigneurs. On appelait sénéchaussée tout le pays compris dans le ressort de la juridiction d’un sénéchal. Le nom de sénéchaussée prévalait surtout dans le midi, comme celui de bailliage dans le nord. Au moment de la révolution de 1789, toute la France était encore divisée en sénéchaussées et bailliages. — En Angleterre, la dignité de grand sénéchal (Lord high stewart) était aussi la première du royaume ; elle ne fut abolie que fort tard, par Henri IV. Aujourd’hui encore le monarque d’Angleterre crée temporairement un grand sénéchal : 1o pour la cérémonie du couronnement ; 2o lorsqu’il s’agit de juger un pair accusé de crime capital.

SENECTERRE. V. saint-nectaire.

SÉNEF, v. de Belgique (Hainaut), à 20 kil. N. O. de Charleroi ; 3000 h. En 1674, Condé y vainquit le prince d’Orange après une bataille sanglante ; en 1794, les Autrichiens y furent battus par les Français.

SENEFELDER (aloys), inventeur de la lithographie, né à Prague en 1771, m. en 1834, était fils d’un comédien. Il s’engagea lui-même dans une troupe dramatique en 1791 ; se voyant mal accueilli, il voulut se faire auteur : il donna en 1792 et 1793, à Munich, deux pièces qui eurent peu de succès, et finit par se mettre à copier de la musique. En cherchant le moyen le plus économique de graver la musique, il fut conduit à employer la pierre au lieu du cuivre, et eut ainsi la première idée de la lithographie (1793); après avoir lutté longtemps contre des obstacles de tout genre, il forma en 1796 à Munich une association avec Gleisner, directeur de la musique de la cour, et put dès lors appliquer en grand le nouvel art. Il alla lui-même le faire connaître dans les principales villes de l’Europe, et fut en 1810 nommé par le roi de Bavière directeur de la lithographie royale de Munich, fonctions qu’il conserva jusqu’à sa mort. Senefelder a publié à Munich en 1819 l’Art de la lithographie.

SÉNÉGAL (le), grand fleuve d’Afrique, naît dans le Fouta-Djalo par 13° 37’ long. O. et 10° 40’ lat. N., est d’abord connu sous le nom de Bafing (fleuve noir), arrose le Fouta-Djalo, le Djallonkadou, le Bam-


bouk, le Kadjaaga, le Kasson, le Fouta-Toro, l’Oualo, passe à Fort-St-Joseph, Bakel, Podor, Daghana, St-Louis, forme nombre d’îles, dont quelques-unes très-grandes, et tombe dans l’Océan, après un cours d’env. 1700 kil., par une large embouchure, obstruée de sables, ce qui rend ses eaux stagnantes et gêne la navigation. Ses principaux affluents sont le Kokoro et la Falémé. Ce fleuve roule des paillettes d’or. — Quelques savants croient que le Sénégal fut découvert par Euthymème, navigateur marseillais, et qu’il était connu des anciens sous le nom de Daradus. Quoi qu’il en soit, il n’est connu des modernes que depuis le xive s. : des navigateurs dieppois fondèrent des comptoirs à son embouchure vers 1360. La France est auj. maîtresse d’une grande partie du cours du Sénégal. — La colonie du Sénégal, établie sur les bords du fleuve, a été longtemps divisée en 2 arrondissements, St-Louis et Gorée. Le 1er comprenait l’île de St-Louis, les établissements de Richard-Tol, Lampsar, Marinaghem, Sedhiou, Daghana, Bakel, Podor, et la partie de la côte qui s’étend depuis le cap Blanc jusqu’à la baie d’Iof ; le 2e, la côte depuis la baie d’Iof jusqu’à l’île de Gorée, et au comptoir de Séghiou. Ce nombre a été porté à 7 en 1862 : St-Louis, Richard-Tol, Daghana, Podor, Bakel, Gorée et Sedhiou. On y rattache comme dépendances les comptoirs d’Assinie, de Gabon, de Grand-Bassam. On y compte à peine 3000 Européens ; la population indigène est d’env. 62 000 âmes. La colonie a pour ch.-l. St-Louis et est régie par un gouverneur. Climat très-chaud : le thermomètre marque presque toujours 28° centigrades, et monte jusqu’à 40. Les établissements du Sénégal fournissent en grande quantité de la gomme et des arachides, et, en outre, de la poudre d’or, de la cire, des dents d’éléphant. — Les côtes du Sénégal furent dès le xive s. visitées par des marchands de Dieppe et de Rouen, qui y formèrent plusieurs comptoirs. Ces établissements furent cédés en 1664 à la Compagnie des Indes occidentales, puis aux diverses Compagnies du Sénégal, enfin à la Compagnie des Indes orientales, sous laquelle ils prospérèrent. Pris par les Anglais en 1763, rendus en 1783, repris en 1809, ils furent restitués en 1814 à la France, qui n’en reprit possession qu’en 1817. Depuis 1855, la colonie du Sénégal a reçu une grande extension, grâce à l’administration du gén. Faidherbe, dont les travaux scientifiques ont mieux fait connaître ce pays.

SÉNÉGAMBIE, contrée de l’Afrique occidentale, s’étend du N. au S. depuis le Sahara jusqu’à la côte de Sierra-Leone, et de l’O. à l’E. depuis l’Océan atlantique jusqu’à la Nigritie centrale, de 20° à 10° long. O., et de 16° à 10° lat. N. : 1050 k. de l’O. à l’E. sur 650 de largeur moyenne ; env. 12 000 000 d’hab. Elle doit son nom au Sénégal et à la Gambie qui l’arrosent. Elle est habitée par des nègres, et forme la Nigritie occid. du Nord. Elle comprend nombre de petits États qui, à l’exception du Galam et du Djallonkadou, habités par des peuplades indépendantes, peuvent être répartis en trois groupes : États Peuls, États Mandingues et États Ghiolofs. V. ces noms.

La Sénégambie est excessivement chaude, malsaine et sujette à d’effroyables ouragans, mais très-fertile, sauf dans quelques déserts ; il y croît d’énormes baobabs et un grand nombre de gommiers.

SÉNÈQUE le Rhéteur, M. Annæus Seneca, père du philosophe de ce nom, naquit à Cordoue vers 58 av. J.-C., vint de bonne heure à Rome, y tint longtemps école de rhétorique, et y mourut l’an 32 de J.-C. Il avait une mémoire prodigieuse et pouvait retenir jusqu’à deux mille noms sans suite, prononcés une seule fois en sa présence. On a de lui, sous le titre de Déclamations, deux recueils intitulés, l’un, Suasoriæ (1 seul livre); l’autre, Controversiæ (il y en avait 10 livres, mais on n’en a qu’une partie); ils se composent de passages choisis des compositions de ses élèves, ou de discours prononcés en sa présence dans les écoles par les rhéteurs les plus célèbres, et que, grâce à sa prodigieuse mémoire, il avait rete-